Jazz
Centres d’intérêt
Lors d’une session Marketing Emploi d’un groupe de cadres, nous travaillons sur l’amélioration du CV des participants.
- Dans vos centres intérêt, essayez de préciser : quel sport ? quel style de musique ? vous en jouez ? dis-je à un participant, responsable commercial, dont ladite rubrique me semblait un peu courte (Sport. Musique.)
- Le jazz, la musique classique… répond-il.
- Jazz ! musique classique ! Ils mettent tous la même chose ! interrompt un autre participant, recruteur de métier.
Ca m’avait rappelé un camarade de ma formation initiale qui, en préparant son CV disait, mi-sérieux mi-rigolard, je mets “lecture”, ça fait bien. Je souris à ce souvenir. Appuie-toi sur les savoirs du groupe, pensé-je. Je donnai la parole à notre expert en recrutement :
- quand on leur demande d’en parler en entretien, ils sont secs, et là on sait qu’on s’est foutu de nous, et c’est mmmort ! reprit-il sur un ton évoquant la lassitude du recruteur floué, avec un zeste de cynisme…
Les sourires fleurirent dans le groupe, les ratures aussi : quelques ajouts, corrections, discussions sur des centres d’intérêt plus habités… Le message était passé.
Du binaire au ternaire
Le jazz, “ça faisait donc bien”… Moi, j’aimais ça depuis mes quinze ans, et j’étais bien consciente de ne pas tout comprendre. Pourtant, qu’est-ce que j’aimais ! Le New Orleans d’abord, c’était vivant, ça me rendait gaie. Puis je m’étais surprise à apprécier le be-bop, plus tard mon prof de piano m’a même initiée au jazz-rock. J’ai eu une grande période jazz. Sorties pour des concerts publics et privés, des heures d’écoute, un peu moins d’heures de pratique, mais je trouvais mon bonheur dans le rythme ternaire, syncopé, accidenté, taquin : les clins d’œil entre les instruments, la connivence entre les musiciens, l’interaction entre le public et l’orchestre par la médiation de cette musique vivante, libre, foutraque !
Plus tard, lors de ma formation à la conduite de coaching, à une question où je suggère une réponse en oui/non, Dominique Lecoq, avec un sourire en coin attire mon attention sur mon passé d’informaticienne. La codification initiale de toute donnée informatique est binaire. La réalité est plus complexe, le réel est toujours un-entre-deux. Sous-entendu, un peu de nuance que diable ! Un peu de travail ! Cherchons !
Quelques années plus tard, je me forme à l’autobiographie raisonnée. C’est lors de la rédaction de ma notice de parcours que je fais le rapprochement entre mon goût pour le jazz et ma relation à l’humain et au travail.
Jazz et innovation
En effet, dans un dispositif de coaching aussi, la structure est ternaire. Le clin d’oeil de D. Lecoq m’avait piquée et forcée à réfléchir (c’était fait pour ça). En revisitant mon parcours lors de l’écriture de ma notice autobiographique, j’ai réalisé que travailler dans l’informatique m’avait demandé autrement plus de nuances que des réponses en oui/non. Ouf ! Je n’étais pas si binaire ! Depuis les cours où on nous invitait à la créativité, jusqu’à certains projets où il fallait pousser le langage ou le produit dans ses limites, le but était de parvenir à créer une solution informatique satisfaisante pour l’équipe comme pour les utilisateurs.
Jazz et communication
Le point de rapprochement le plus saillant pour moi, ce sont les relations qui s’instaurent lors d’une performance.
La formation joue. Le public écoute. Un musicien s’avance ou les autres s’arrêtent de jouer. Le public n’a pas forcément saisi le signal. A part les connaisseurs… Un regard, un mouvement du menton, une respiration, une attitude, un début de prise de parole par des notes qui s’écartent imperceptiblement de la partition ? Tous les musiciens ont compris le message et laissent la main au candidat à l’improvisation. Celui-ci occupe l’espace, le terrain de jeu, et joue librement, hors du cadre de la formation. Il sort du cadre. Puis il termine sa proposition, s’arrête net ou indique aux autres musiciens le moment de la reprise en groupe. Sourires et acquiescements fleurissent au sein de la formation.
Mais le public aussi est de la partie ! Dans un concert de jazz, les applaudissements ne sont pas que le point final de la performance. Il surviennent spontanément, à la fin d’une phrase particulièrement brillante, émouvante, provocatrice, humoristique, que celle-ci soit jouée en solo ou en groupe.
Indication, jubilation, reconnaissance, communication, les relations sont omniprésentes dans un concert de jazz !
Dans le recherche de travail, il y a la présentation des compétences, et puis, il y a chercher la cohérence d’un parcours, une ligne, un chemin directeur, qui se trace en lisant le papier succinct appelé C.V. et de beaux liens humains se dessinent…