Vision, souvenir, mémoire

Dans le groupe de lectures plurielles dont je fais partie, nous avons – à partir d’un texte de Pascal Quignard dans Les escaliers de Chambord – évoqué la différence entre une vision et un souvenir. Le souvenir nécessitant une personne intermédiaire qui raconte ce dont justement on ne se souvient pas (dans l’enfance ou suite à un traumatisme) et qui permette ainsi de faire le lien avec le passé pour retrouver le souvenir.

J’ai retrouvé ce thème dans  “Je me souviens…” de Boris Cyrulnik qui vient de paraître aux éditions L’esprit du temps. C’est à 64 ans que ce penseur de la résilience a entrepris de replonger sur les lieux qui ont été le théâtre de son enfance pendant l’occupation. Il explique qu’il a pu à ce moment raccrocher les wagons de ses bribes de souvenirs grâce à des tiers, qui ont soit interprété ses souvenirs, soit les ont complété, parfois même réajusté à la réalité d’alors.

“La mémoire, ce n’est pas le simple retour du souvenir, c’est une représentation du passé. La mémoire, c’est l’image que l’on se fait du passé”.

Si en prenant du recul, en réfléchissant sur ce passé, on fait des événements un objet d’étude, on l’utilise en le transformant. C’est la résilience. Cependant, lorsque la mémoire se reconstitue le recul n’est plus de mise. D’après lui, c’est son côté rebelle (ils sont fous ces adultes, je ne les suivrai pas),  son sentiment de victoire  (il a réussi à s’échapper avant d’être déporté) et le sentiment de sécurité lié à l’attachement qu’il a éprouvé envers sa mère dans son enfance, qui l’ont probablement préservé de manifestations notamment d’angoisses  généralement provoquées par de tels traumas.

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