Depuis d’assez belles lurettes, le monde du conseil emploi exhorte seniors (+ de 45 ans !) et cadres en chômage de longue durée (1 an et plus !) de créer leur emploi.
Pas de panique. Si monter votre entreprise ne vous est jamais venu à l’esprit, ou bien que ce n’est pas dans votre culture personnelle, commencez au moins à y penser. Objectivement. En vous renseignant bien sur les dispositifs existants. Il n’est pas forcément nécessaire de “monter” une “entreprise”. En revanche, il vous faut un projet. Et si possible qui tienne à peu près la route. Et bien sûr, il s’agira non plus de trouver un employeur mais des clients. Ca a ses avantages…
J’ai testé pour vous la CAE (Coopérative d’Activités et d’Emplois) Coopaname.
Alors que je travaillais pour un client, un cabinet RH, je cherchais des informations – justement sur la création d’activité – pour les personnes que j’accompagnais. J’étais moi-même en portage salarial, et je cherchais des solutions alternatives. C’est ainsi que j’ai eu connaissance du concept de la CAE (Coopérative d’Activités et d’Emplois), et notamment du réseau Coopérer pour Entreprendre, dont Coopaname fait partie. La théorie me semblait séduisante, il me fallait passer à la pratique pour me faire vraiment une idée, et j’ai créé Cap Reliance au sein de Coopaname.
A priori, les valeurs de solidarité, démocratie, coopération, diversité y étaient évoqués avec insistance. A l’usage, je trouve que les moyens de co-entreprendre y sont réellement donnés : la coopérative accompagne, valorise, fournit des outils de coopération pour ses “co-entrepreneurs” qu’elle appelle les Entrepreneurs-Salariés. Extranet, locaux, ateliers, réunions mensuelles, réunions de groupes d’entrepreneurs (de travail, de détente), universités, bourses aux apprentissages mutuels… tous ces outils sont à disposition de ceux qui veulent bien les utiliser, et les co-construire. Passionnant.
Par exemple, je fais partie d’un groupe – le Cassetin – qui rassemble des professionnels de l’écrit, à l’intérieur duquel je m’associe ponctuellement avec des partenaires, joignant l’une de mes spécialités avec la leur afin de créer des prestations innovantes ou monter de micro-projets communs. Aucune tracasserie administrative, nous faisons partie de la même entreprise. Tout cela est assez souple et permet de se concentrer sur le client (où est-il ? de quoi a-t-il besoin ?), et c’est déjà pas mal !
Nathalie Delvolvé (qui fait également partie du Cassetin) et Olivier Maillard ont témoigné de leur expérience dans la rubrique Emploi de Télématin sur France 2 le 5 février dernier. Allez jeter un coup d’oeil !
Le concept de la CAE peut se résumer à du travail mutualisé : chaque entrepreneur partage la même entreprise, mais reste responsable de son chiffre d’affaire, donc de son salaire qui peut évoluer à la hausse comme à la baisse mais dans la continuité de l’entreprise. Une partie de ce chiffre d’affaire est provisionné dans la coopérative (pour partager, il faut avoir).
Aujourd’hui, Coopaname est une SA. A sa création elle avait un gérant à sa tête, puis deux co-gérants. Mais l’entreprise grossissait de plus en plus, et avec les associés, ceux-ci ont réfléchi à une façon plus adéquate de partager le pouvoir et la responsabilité : transformée en SA, Coopaname a agrandi le nombre de ses associés, et a introduit un conseil d’administration composé d’entrepreneurs salariés et de salariés permanents (les chargés de mission, directeurs, comptables…), dont la présidente est une entrepreneur salariée.
Tout l’accompagnement, lui, est financé par des subventions, qui représentent un investissement socio-économique intelligent : le chiffre d’affaire total de tous les entrepreneurs dépasse les 3 millions d’euros. De quoi réinjecter une manne de revenus sociaux dans le circuit, non ?
Je m’arrête là pour aujourd’hui. De toutes façons, Coopaname évolue toujours, il y aura toujours quelque chose à en dire dans un prochain article. En attendant, à l’heure des dérives du capitalisme, ce modèle a l’avantage de garantir un environnement social intéressant et à regarder de plus près par les pouvoirs publics comme par les citoyens que nous sommes.
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Tu as bien décrit à quoi pouvait bien servir une coopérative d’activités et d’emploi comme Coopaname du point de vue d’un porteur de projet qui la rejoint, qui s’y salarie, et qui finit par en devenir l’associé (car, avant d’être une SA, Coopaname est une SCOP – une coopérative de production – autrement dit une société dont le capital est possédé par ses salariés, qui est gérée démocratiquement et qui a pour objectif de rémunérer le travail, pas le capital).
Personnellement, cela fait cinq ans que je suis dans l’aventure Coopaname. Et ce qui me motive encore chaque matin est la force du projet que cette organisation porte. Coopaname est un lieu où l’on prouve au quotidien que l’on peut créer de l’efficacité économique en prenant l’exact contre-pied de tout ce que nous raconte le néolibéralisme depuis 15 ans. Comme préférer la confiance au contrôle ; la coopération à la concurrence ; la sécurité collective au risque individuel. Globalement, on pourrait aujourd’hui décrire le projet de Coopaname comme une pratique exactement opposée à l’idéologie de la flexisécurité. Là où l’idéologie de la flexisécurité dit : “flexibilisons l’emploi à l’intérieur des entreprises et sécurisons individuellement les parcours contraints des professionnels à l’extérieur de celles-ci”, l’expérience pratique Coopaname répond : “sécurisons-nous mutuellement nos parcours à l’intérieur d’une seule entreprise dans laquelle chacun pourra se donner individuellement et librement toutes les flexibilités pour tracer son propre parcours professionnel”.
Nous ne sommes pas au bout de l’aventure, même si les temps sont durs. Nous sommes presque 400. Cela fait déjà de notre coopérative une expérience originale et non négligeable dans le paysage…
Bonjour,
que pensez-vous du nouveau statut d’auto-entrepreneur ?
Dans le contexte socio-économique présent il est fortement recommandé aux gens sans emploi, au Québec, de devenir entrepreneurs. En effet, nous prévoyons la disparition de 10,000 entreprises d’ici 10 ans qui s’accompagnera de la suppression de 300,000 emplois.
Devenir entrepreneur demande beaucoup de travail, de recherche et de déplacements et une certaine résistance face aux risques et à la concurrence. Mais quel contentement et quelles gratifications lors de la réussite et que votre succès est reconnu par tous, sans mentionner la création de nouveaux emplois et de produits santé en demande.
Le statut d’auto-entrepreneur constitue très exactement le paroxysme de la logique néolibérale décrite par Stéphane. Protection sociale réduite à peau de chagrin, pas de droits aux indemnités chômage, 160 ans pour une retraite pleine, etc.
Certaines entreprises ne s’y sont pas trompées, commençant déjà à demander à leurs salariés d’adopter ce nouveau statut aussi confortable pour elles qu’il sera encore plus fragilisant pour les individus poussés à s’auto-exploiter et pratiquer un moins-disant tarifaire afin de trouver des clients et tenter de s’assurer un revenu qui frôlera au mieux la décence. Hors du champ du droit du travail et de celui de la protection sociale, acculé à vendre ainsi sa force de travail au quotidien sans savoir de quoi sera fait demain, ça ne vous rappelle rien ? En trois clics revivez la vie d’un ouvrier du XIXe siècle !
Présenté de manière honteusement fallacieuse comme un moyen de sortir de la précarité, cette fabuleuse machine à remonter le temps qu’est l’auto-entrepreneuriat constitue sans doute l’un des plus sûrs chemins pour y plonger.
Bonjour à tous,Je suis tout çà fait d’accord avec Nathalie sur ce qu’elle dit, je la cite :
“Hors du champ du droit du travail et de celui de la protection sociale, acculé à vendre ainsi sa force de travail au quotidien sans savoir de quoi sera fait demain, ça ne vous rappelle rien ?
En trois clics revivez la vie d’un ouvrier du XIXe siècle !”
“Présenté de manière honteusement fallacieuse comme un moyen de sortir de la précarité, cette fabuleuse machine à remonter le temps qu’est l’auto-entrepreneuriat constitue sans doute l’un des plus sûrs chemins pour y plonger.”
et oui car plus de protection sociale, plus d’indemnité chômage au bout de 15 mois !
Je vais vous donner le terme exact d’auto-entrepreneur il y à 80 ans environ peut-être moins ; il s’appelait le JOURNALIER (mon arrière gd père était journalier” un peu plus ancien encore, le TACHERON et bien voilà ce qu’est l’auto-entrepreneur aujourd’hui ! sauf que nous y mettons des strass pour faire briller tout ça ..
Nous régressons car nous sommes en crise et certains veulent utiliser les bons vieux stratèges d’autrefois afin de créer une soumission à l’égard de celui qui le fera travailler ponctuellement et ce nouveau “journalier” n’aura pas d’avenir, pas d’horizon.
Le miroir aux alouettes l et comme dans la chanson alouettes, gentilles alouettes, je te plumerais …. etc
Il y a un mois de cela, j’ai commencé à rechercher du travail en tant qu’auto-entrepreneur, j’ai même répondu à une annonce passée par une entreprise qui recherchait des commerciaux (dans la réalité c’était agent commercial, profession règlementée).
Les propos ont été les suivants : l’avantage c’est que nous sommes libres de nous quitter quand nous le souhaitons, vous vendez mes produits, je vous donne 10 % mais si l’on se quitte plus de droit sur l’affaire qui continue à lui rapporter de l’argent .
On leur fait leur clientèle pour une misère sur des produits à faible valeur ajoutée et de surcroit pas de zone géographique car ce grossiste faisait travailler de nombreux auto-entrepreneurs et peu lui importait d’en avoir 10 sur le même rayon géographique. J’ai fait un calcul de ce que cela pouvait me rapporter, une misère, il vaut mieux faire des ménages au moins on est sur d’avoir du travail et d’être payé.
J’ai visité le salon des entrepreneurs à Lyon fin mai de cette année, parfaitement organisé, tout est fait pour vendre et faire dépenser un maximum d’argent avant que celui-ci n’ait trouvé sa clientèle.
PRUDENCE !! pour certaines personnes, en revenus d’appoints, cela peut-être intéressant mais attention ce qu’il faut savoir c’est qu’on ne peut déduire AUCUN FRAIS et oui donc si on gagne 2000 euros et que l’on en dépense 500 pour se déplacer, pub, etc… vous payez des charges et êtes imposés sur les 2000 euros, c’est à dire sur de l’argent que vous n’avez pas gagné (500 euro).
Si vous avez des frais ce statut n’est pas fait pour vous, il faut choisir une autre forme juridique.
Personnellement j’ai fait du chiffre d’affaire dans deux domaines différents en portage salarial, cela m’a bien convenu. Si j’avais développé plus et pérennisé , je pense que j’aurais rejoint une SCOOP.
L’état d’esprit “associés”, me plait assez et donne une certaine force dans tous les domaines.
Le sujet est encore à creuser. Et l’expérience des auto-entrepreneurs à suivre de près.
Présenté de manière honteusement fallacieuse comme un moyen de sortir de la précarité, cette fabuleuse machine à remonter le temps qu’est l’auto-entrepreneuriat constitue sans doute l’un des plus sûrs chemins pour y plonger.
Il n’est jamais trop tard Elodie pour creuser l’aventure des SCOP… bonne chance et merci pour ton témoignage.
Céline
Merci de vos commentaires Stéphane, Hélène, Jocelyne et Nathalie.
Si je comprends bien, le statut d’auto-entrepreneur ne serait à privilégier que pour les retraités, la retraite leur fournissant le revenu principal ainsi que la protection sociale minimum ?
Quant à la solitude de l’auto-entrepreneur… resterait à s’organiser en réseau…
Bonjour,
La scop souffle un air de démocratie, d’autogestion, de participation, de partage de valeurs plutôt que d’intérêts……c’est très séduisant et cela pourrait préfigurer d’un changement de société.
Les SCOP doivent encore, rencontrer un “marché concurrentiel” et je pense effectivement que les relations nées de la co-entreprise peuvent générer des synergies suffisantes, toutefois cette confrontation n’égratigne t elle pas le paradigme ?
Bien cordialement
Pierre luc Bourrel
Fondateur d’Alternative Seniors France
Conseil en Création et Direction d’entreprises
Bonjour Pierre-Luc,
merci de votre contribution. Mais je ne suis pas sûre de comprendre votre propos. Les SCOP fonctionnent bien au sein d’une économie de marché. Il n’y a pas de contradiction entre l’économie sociale et solidaire et l’économie de marché. Est-ce là votre point ?
Bien cordialement
Céline Bou Sejean