La lecture à voix haute

Le mystère de la page blanche a été résolu par une explication platement technique, poétiquement décevante… Je la tais résolument par respect pour les lecteurs de ce blog.

En revanche, je ne résiste pas à la tentation d’entrer à nouveau dans ce texte, et donc de vous en révéler quelques bribes, alors que je travaille personnellement sur la posture “inconsistante” du coach.

A l’instar du dispositif de coaching, le dispositif de lecture plurielle impose l’institution d’un espace de parole. Pour cela, le texte lu par l’animateur (comme les mots prononcés par le coach) ne doivent pas interpréter mais servir l’objet médiateur (la question travaillée en coaching, le texte en lecture plurielle).

Or, comme l’explique Michel Tournier dans “Les vertes lectures” (Folio, 2007) :

[../..] l’interprétation est mon affaire à moi, lecteur ou récitant du texte, et quoi qu’il fasse, quel que soit son talent, le lecteur que j’entends me frustre de quelque chose qui me revient à moi ! Un livre est fait pour être lu par moi, un poème est fait pour être récité par moi. C’est ma voix, c’est mon interprétation qu’ils appellent. Donc la lecture recto tono me satisfait mieux, parce qu’elle me laisse justement le soin d’ajouter au texte – qui m’est livré en quelque sorte à l’état brut – l’interprétation et les intonations qu’il me plaît de lui ajouter. La lecture recto tono se rapproche au maximum du texte imprimé que je lis dans un livre et qui ne comporte – je le signale – ni interprétation ni intonations.

Ainsi, l’animateur de lecture plurielle ne fait que proposer le texte le plus fidèlement possible, c’est-à-dire en le lisant de la manière la plus neutre possible, de façon à ne pas “polluer” l’imaginaire des auditeurs, à laisser libre leur parole. Une posture “inconsistante” que le coach adopte également afin de laisser la personne travailler sur sa question.

Une réponse

  1. Pour enrichir cette exploration de la lecture à voix haute des écrits par leurs auteurs, voici un extrait tiré du blog poezibao à propos de Vénus Khoury-Ghata, poète-écrivain :

    “C’est fascinant de la voir lire. Elle dit comme si elle écrivait en lisant, comme partie dans le temps passé ; on dirait que lisant elle relit et relie ; elle est complètement absorbée dans son texte, qu’elle connaît en partie par cœur, elle porte le livre mais s’en détache constamment, il y a dans sa façon de prononcer quelque chose d’à la fois très vivant et en même temps d’incantatoire, un peu comme une mélopée, phrases portées conduites à leur terme par la voix qui retombe à peine à la fin des périodes. C’est très beau, très prenant. La poésie dit-elle “est ce qui coule comme un torrent, comme les cascades de mon village. petit village plein de cascades” …

    (http://poezibao.typepad.com/poezibao/2005/11/une_rencontre_a.html)

    Lire, relire, relier… C’est ce que je tente d’inspirer aux auditeurs des lectures plurielles, en me faisant intermédiaire des textes et de leurs auteurs, certes modeste, mais néanmoins en y ajoutant ma trace, celle de ma voix, de mon rythme, de mes intonations.
    Le cap est bien la reliance entre sujets humains, entre l’objet texte et la réalité vécue, pensée, sentie, réfléchie, imaginée, construite ou reconstruite.

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