Pour sonder l’acte poétique, je me suis amusée à rapprocher des extraits d’Hubert Reeves (« Malicorne Réflexions d’un observateur de la nature » avec d’autres d’un texte qui m’a été fourni par un poète, Michel Calonne, et qui lui avait servi de fil conducteur lors d’une intervention radiophonique. Voici ce petit dialogue imaginaire :
Sur le matériau :
M.C.
« La poésie n’est aucunement du domaine du pur esprit. Les anges [../..] souffrent d’un handicap beaucoup plus sérieux, l’absence de matière.
La poésie n’est pas en l’air, elle se sculpte, et sa matière est la plus dure et la plus cassante qui soit : c’est la langue.»
H.R. (en parlant du poète et des mots)
«il les choque les uns contre les autres, comme des pierres dont on fait jaillir des étincelles »
Sur l’ouverture au(x) sens :
M.C.
« [../..] sens, cette onde qui s’élargit autour des mots, s’entrecroise avec d’autres, crée des houles ou même des courants qui vous emportent bien loin.
[../..] On cherche une rime et la rime est un son. Dix mots posent leur candidature : c’est le même son, mais ce sont dix sens. Dix ondes qui s’élargissent et que le poète observe. Elles s’entrecroisent avec les ondes précédentes.»
H.R.
« Le poète affectionne les mots ambigus, foisonnant de sens multiples, chargés de connotations accumulées au cours des âges.»
Sur l’acte et le risque poétique :
M.C.
« Il faut oser se laisser porter [../..] Parfois il ne se passe rien, la peau de la mer(*) redevient plate et le poète songe au suicide. Parfois, d’un croisement naît quelque chose, une vague, un frisson, un gulf stream. Il faut savoir reconnaître sa chance et là, pas de hasard, pas d’automatisme : le poète crée en choisissant. Il prend le mot au mot, le pose au bout de sa ligne en pointe de flèche et invente le vers qui sera la flèche.»
H.R.
« juxtaposant d’une façon inattendue des termes qui ne vont pas ensemble, il fait naître des images, des impressions, des émotions inconnues, une nouvelle expérience du monde.
[../..] Dans l’espace créé par le dépaysement, un éblouissement naît ou laisse percevoir un “sens” nouveau, irréductible aux mots qui l’ont produit. A l’inverse du discours scientifique, moins le poème a de signification – au sens traditionnel du terme, plus il a de chance de faire “sens”.»
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(*) en référence du tableau “Dali à l’âge de six ans, quand il croyait être une jeune fille, en train de soulever la peau de l’eau pour voir un chien dormir à l’ombre de la mer.”
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