Hubert Reeves et la poésie (1)
Publié par capreliance sur 6 juin 2008
En feuilletant “Malicorne Réflexions d’un observateur de la nature” chez un bouquiniste, je me suis régalée de la découverte probable d’un texte idéal pour une lecture plurielle. M’étant acquittée de 3 euros, je plonge - tout en slalomant entre les déjections canines de mon coin de trottoir parisien - dans la description du délice vécu par le scientifique au contact de la nature d’un coin de Bourgogne qui lui est cher.
Il témoigne des sensations visuelles, auditives, tactiles et olfactives qu’il expérimente depuis des années lors de ses promenades, en consignant consciencieusement les mots qui lui viennent à l’esprit via un dictaphone puis sur un cahier. Au fur et à mesure de ma lecture, je commence à établir un parallèle entre sa démarche et certains éléments de la lecture plurielle, et même - j’en parlerai dans un article ultérieur - du coaching.
“Au long de ces promenades, des images me viennent à l’esprit, entraînant des propos qui maturent depuis longtemps dans les profondeurs intérieures. Dans la sérénité du lieu, ils jaillissent au niveau de ma conscience. Il s’agit parfois d’un simple énoncé plus ou moins lapidaire. A d’autres moment, un torrent de mots se précipite et s’écoule, intarissable”.
Je perçois bien ici le processus primaire de la pensée en image, proche de l’inconscient, faisant émerger à la conscience par des paroles un matériau propice au processus secondaire d’une pensée en idée, observation décrite par Claudine Vacheret citant S. Freud et P. Aulagnier à propos de sa technique du photolangage (”Pratiquer les médiations en groupe thérapeutique”, 2002).
La lecture plurielle est un dispositif groupal à médiation (le texte). Janine Méry, sa créatrice, insiste sur le choix de textes qui “donnent à voir”, comme un tableau, ou (et ?) exposent des représentations de sensations autres que visuelles. Comme dans le photolangage, un objet médiateur permet “l’espace de jeu” (concept Winnicottien) dans lequel les participants s’ébattent, tordent ou testent la réalité. Cet espace de jeu sert de lieu d’élaboration, de symbolisation éventuelle, processus intermédiaire permettant de passer de la pensée en images à celle en idées. Je précise néanmoins que ma pratique ne se situe pas dans un cadre thérapeutique.
C’est ce qui s’est passé pour Hubert Reeves, à ceci près qu’il n’a pas eu à confronter ses images avec celles d’autres membres d’un groupe. Pourtant, le matériel subjectif compilé en vrac a bien été rassemblé, et a abouti à l’élaboration d’un livre. L’aire de jeu était-elle cet espace de liberté champêtre ? L’objet médiateur était-il son dictaphone ? son cahier ?
Emmanuelle Lewartowski propose des randonnées écritures. Je serais curieuse de recouper vos témoignages avec celui d’Hubert Reeves ! Nous construisons avec Emmanuelle des prestations combinant des ateliers d’écriture et des ateliers de lectures plurielles. Si l’expérience vous tente…
En attendant le prochain article, je vous laisse réfléchir sur le lien avec la poésie et avec le coaching.
à suivre !